Quand on devient freelance, la retraite est rarement une priorité. Trouver ses premiers clients, stabiliser ses revenus, fixer son TJM… voilà les sujets qui occupent votre esprit.
Et pourtant, il existe un autre sujet essentiel, qui passe souvent au second plan : la retraite. Revenus irréguliers, débuts de carrière parfois compliqués, changements de statut… de nombreux facteurs peuvent impacter votre pension et votre sécurité financière à la retraite.
Bonne nouvelle : préparer sa retraite quand on est freelance n’est ni compliqué ni réservé aux hauts revenus. Avec une bonne compréhension du système et quelques actions concrètes, il est possible de construire une stratégie efficace dès aujourd’hui.
En France, la retraite repose sur un système dit par répartition : les actifs financent les pensions des retraités. Quel que soit votre statut freelance, votre retraite repose toujours sur deux niveaux obligatoires :
Vos cotisations sociales, prélevées sur vos salaires ou revenus déclarés, vous permettent donc d’acquérir des droits (trimestres ou points) qui permettront de calculer vos pensions au moment du départ à la retraite.
L’âge de départ à la retraite
Depuis la réforme des retraites de 2023, l’âge légal de départ à la retraite augmente progressivement de 62 à 64 ans en fonction de votre année de naissance.
Mais partir à cet âge ne garantit pas une pension complète. Pour bénéficier d’une retraite dite à taux plein (50%), il faut soit :
Les cotisations retraite des freelances TNS
Tous les freelances cotisent obligatoirement pour leur retraite. Mais le fonctionnement précis dépend de leur statut : travailleur non salarié (TNS) ou assimilé salarié.
Si vous êtes TNS, à savoir :
- en micro-entreprise
- en entreprise individuelle (EI)
- gérant associé unique d’EURL
- gérant majoritaire de SARL
Vos cotisations retraite et donc la validation des trimestres sont directement liées :
Si vos revenus sont trop faibles sur une année, vous pouvez ne valider qu’une partie de vos trimestres… voire aucun.
À titre indicatif, pour les travailleurs indépendants, il faut en 2026 avoir cotisé :
Mais à quel chiffre d’affaires ou rémunération nécessaire cela correspond-il ? Cela dépend de votre statut et de votre activité :
▪️ Pour les micro-entrepreneurs : le chiffre d’affaires minimum à réaliser en 2026 pour valider 4 trimestres est :
- Vente de marchandises / hôtellerie-restauration (BIC) : 24 579 €
- Prestation de services artisanales et commerciales (BIC) : 14 256 €
- Prestation de services et professions libérales non réglementées (BNC) : 10 800 €
- Professions libérales affiliées à la Cipav (BNC) : 10 776 €
▪️ Pour les autres travailleurs indépendants : en 2026, il faut un revenu annuel brut minimum d’environ 7 212 €.
En complément de la retraite de base, vous cotisez également à une retraite complémentaire obligatoire. Le fonctionnement dépendra de votre caisse d’affiliation :
- Sécurité sociale des indépendants (SSI) pour les artisans, commerçants, professions libérales non réglementées, auto entrepreneurs
- Les caisses professionnelles de la CNAVPL comme la CIPAV par exemple pour les professions libérales réglementées.
- La CNBF pour les avocats
Les cotisations retraite des freelances assimilés salariés
Vous êtes assimilé salarié si vous êtes :
Dans ces situations, les cotisations retraite sont calculées sur la base du salaire versé. La validation des trimestres dépend donc directement de votre rémunération brute.
Pour valider un trimestre, il faut percevoir environ 150 fois le SMIC horaire brut sur l’année. En 2026, pour valider 4 trimestres, un revenu annuel brut minimum d’environ 7 212 € est donc nécessaire.
En portage salarial, en revanche, les cotisations sont similaires à celles d’un salarié classique incluant donc des cotisations patronales, ce qui permet souvent de constituer davantage de droits retraite.
En parallèle, vous cotisez aussi à la retraite complémentaire des salariés (Agirc-Arrco), également basée sur un système de points. Ces droits viennent compléter la retraite de base et peuvent représenter une part importante de la pension finale.
Pour la retraite de base, la formule est la même pour tous les freelances :
A cette retraite de base, il faut ajouter la pension de retraite complémentaire. Celle-ci dépend généralement du nombre de points acquis au cours de sa carrière et de la valeur du point au moment du départ.
Certaines caisses de retraite ont un fonctionnement spécifique. Renseignez vous bien auprès de votre régime d’affiliation.
Pourquoi la retraite des freelances est souvent plus faible ?
Même après une carrière complète, de nombreux freelances constatent que leur pension de retraite est inférieure à celle d’un salarié ayant eu des revenus comparables. Cette situation s’explique par plusieurs facteurs liés au fonctionnement même du travail indépendant.
Des revenus parfois irréguliers
La carrière de freelance est rarement linéaire. Certaines années peuvent être très rentables, tandis que d’autres sont marquées par une baisse d’activité ou des périodes sans mission.
Or, les cotisations retraite étant directement liées aux revenus déclarés, ces variations peuvent ralentir la validation des trimestres ou diminuer le montant des droits acquis. Un freelance qui connaît plusieurs années de faible chiffre d’affaires peut ainsi voir sa future pension impactée.
C’est notamment le cas dans les premières années, le temps de construire son réseau, affiner son positionnement et sécuriser ses premiers clients.
Des stratégies d’optimisation à court terme
Pour améliorer leur trésorerie ou réduire leur imposition, certains freelances choisissent de limiter leur rémunération ou de privilégier des revenus moins chargés socialement, comme les dividendes en société. C’est le cas des freelances en SASU par exemple.
Si ces arbitrages peuvent être pertinents à court terme, ils ont un impact direct sur la retraite : moins de rémunération déclarée signifie moins de cotisations… et donc une pension potentiellement plus faible.
Comment améliorer sa retraite quand on est freelance ?
Heureusement, plusieurs leviers existent pour améliorer ses revenus à la retraite. C’est le cas notamment des dispositifs de retraite par capitalisation, permettant de constituer soi-même son épargne pour la retraite.
Cotiser davantage
Augmenter progressivement ses revenus et déclarer une rémunération plus élevée permet mécaniquement d’améliorer ses droits retraite.
Cela peut passer par :
- une augmentation du TJM
- une spécialisation
- une montée en gamme des missions
Avoir une activité salariée en complément
Certains freelances choisissent de conserver ou de reprendre une activité salariée en parallèle de leur activité indépendante. Ce cumul peut permettre de sécuriser leurs revenus, mais aussi d’améliorer leur future retraite.
En effet, les cotisations versées dans le cadre d’un emploi salarié permettent de valider des trimestres et d’acquérir des points de retraite complémentaire, parfois dans des conditions plus favorables que dans certains statuts indépendants.
Ouvrir un Plan d’Épargne Retraite (PER)
Le PER pour indépendant est aujourd’hui l’un des outils les plus utilisés pour optimiser sa retraite freelance. Ce dispositif long terme permet de récupérer son épargne à la retraite sous forme de capital ou de rente. Il est en principe bloqué jusqu’à la retraite mais des cas de déblocage anticipé existent.
Son avantage principal : les versements peuvent être déductibles du revenu imposable dans la limite d’un plafond réglementaire en fonction de vos revenus.
Exemple :
- vous versez 4 000 € dans l’année
- votre tranche d’imposition est de 30 %
Vous pouvez économiser environ 1 200 € d’impôt.
Vous pouvez cependant choisir de ne pas déduire le versement de vos impôts. Vous bénéficierez alors d’un traitement fiscal plus favorable au moment de la sortie de votre épargne.
Point important à retenir concernant le PER : plus tôt vous vous en occupez, plus vous récolterez les fruits à la retraite.
Vous pouvez en effet mettre en place dès aujourd’hui des versements programmés mensuels en fonction de votre épargne disponible (même 50€) ou effectuer des versements ponctuels si vos revenus sont fluctuants.
Investir via l’assurance-vie pour compléter le PER
L’assurance-vie reste une solution très populaire chez les freelances car contrairement au PER, elle est disponible à tout moment.
Elle permet :
- d’investir progressivement
- de récupérer son argent rapidement si nécessaire
- de préparer la transmission avec une fiscalité avantageuse
Un freelance peut ainsi constituer un capital significatif sur le long terme selon les performances des supports choisis.
Diversifier grâce à l’investissement immobilier ou financier
Certains indépendants choisissent aussi :
- l’investissement locatif
- les actions, obligations ou ETF dans le cadre d’un PEA ou compte titre
- les SCPI
Un appartement générant 500 € de revenus nets mensuels peut représenter un complément de retraite très concret, une fois l’emprunt remboursé.
Les erreurs fréquentes des freelances quand ils préparent leur retraite
Penser que la retraite obligatoire suffira
Beaucoup d’indépendants imaginent que leurs cotisations actuelles garantiront un niveau de vie similaire à celui qu’ils ont pendant leur activité. En réalité, la pension moyenne d’un freelance est bien en-deçà !
Pour éviter cette situation, il est important de compléter le système obligatoire avec une stratégie personnelle dès le début de sa carrière. Même si la retraite semble encore loin ! Épargne régulière, placements diversifiés ou investissement immobilier peuvent permettre de créer un vrai complément de revenus à la retraite.
Attendre d’avoir de “gros revenus” pour commencer à épargner
Certains freelances repoussent la préparation de leur retraite en se disant qu’ils commenceront plus tard, une fois leur activité bien installée.
Pourtant, même 50 ou 100 € mis de côté chaque mois en début de carrière peuvent avoir un impact significatif sur le long terme. L’essentiel est de créer une habitude d’épargne progressive, quitte à augmenter les montants au fil des années.
Ne pas suivre ses trimestres ou vérifier son relevé de carrière
Entre les changements de statut, les périodes de transition ou les missions à l’étranger, il peut arriver que certains droits ne soient pas correctement enregistrés.
Consulter régulièrement son relevé de carrière permet de vérifier :
- le nombre de trimestres validés
- les revenus pris en compte
- les éventuelles anomalies
Tout investir dans un seul produit
Certains freelances concentrent toute leur stratégie sur un unique placement : immobilier, PER ou assurance-vie.
Cette approche peut être risquée, car chaque solution répond à des objectifs différents. Diversifier permet de mieux répartir les risques et de conserver de la flexibilité.
Par exemple, combiner une épargne retraite dédiée, un placement financier accessible et un projet immobilier peut offrir un équilibre intéressant entre sécurité et performance.
Ne pas adapter sa stratégie avec l’évolution de ses revenus
La carrière freelance évolue souvent rapidement. Un indépendant qui facture 2 000 € par mois aujourd’hui peut atteindre 4 000 € ou 5 000 € quelques années plus tard.
Si l’effort d’épargne reste figé, il peut devenir insuffisant. Ajuster progressivement ses versements en fonction de ses revenus permet de construire une stratégie retraite cohérente avec sa progression professionnelle.
Auto-diagnostic : Ai-je anticipé ma retraite ?
Conclusion
Préparer sa retraite quand on est freelance peut sembler abstrait, surtout en début de carrière. Pourtant, quelques décisions prises tôt peuvent transformer radicalement votre situation future.
En comprenant combien vous cotisez réellement, en estimant votre pension et en mettant en place une épargne progressive, vous pouvez préparer votre retraite en adéquation avec votre mode de vie indépendant.
En tant que freelance vous avez la responsabilité d’anticiper. Mais aussi l’opportunité de créer une stratégie sur mesure, adaptée à vos objectifs et à votre rythme. Des conseillers retraite comme ceux de Lilycare peuvent vous accompagner dans cette démarche.
Comment fonctionne la retraite des freelances ?