Une façon de faire de ma passion mon métier

Pierre Gaudillere

Game Designer & Développeur (Unity 3d, Unreal)

Publié le 09/08/2017

Pierre, peux-tu te présenter en quelques lignes ? Quelles sont tes activités ?

J’ai 29 ans et je suis game designer indépendant à Nantes depuis un peu moins d’un an. Je fais également un peu de prestation en programmation, avec le logiciel Unity 3D principalement.

Peux-tu nous expliquer ta journée type ?

Je me lève à 8h – oui, je garde le rythme et j’aime bien travailler le matin ! En général je bosse la moitié du temps sur mes prestations principales, celles qui me demandent de produire des documents, de programmer, etc. Le reste du temps, j’en consacre forcément une bonne partie à chercher des prochains projets sur lesquels m’investir, pour maintenir mon activité en place. Je passe aussi pas mal de temps à simplement me documenter, lire, chercher de nouvelles idées, rencontrer des gens, etc. C’est une partie importante de mon travail à l’heure actuelle, qui est difficile à chiffrer puisqu’elle se fait sur la longueur.

Pourquoi as-tu fait le choix de devenir freelance ?

C’est à la fois pour des raisons personnelles et professionnelles. Sans rentrer dans les détails, c’était lors de mon arrivée à Nantes, l’une des meilleures opportunités qui se proposait à moi. J’avais déjà quelques années d’expérience en tant que salarié et je voulais tenter l’expérience de « travailleur indépendant ». Je suis quelqu’un de polyvalent et j’aimais l’idée de faire « un peu de tout », de travailler en même temps sur des projets différents, avec des équipes différentes.

Que faisais-tu avant de sauter le pas et de devenir freelance ?

J’étais salarié à Arkane Studios, à Lyon. C’est l’un des studios de jeux vidéo les plus connus en France. J’y faisais du level design, une discipline connexe au game design qui consiste à créer les espaces de jeu dans lesquels évoluera le joueur. C’était assez différent de ce que je fais à l’heure actuelle mais très intéressant. Le fait d’évoluer dans une grosse entreprise est de toute façon très formateur pour la suite. Même si, après plusieurs années, j’avais besoin de quelque chose de nouveau.

Comment vis-tu ta vie de freelance ? Est-ce un choix de carrière qui a été facile à expliquer à ton entourage ?

Je le vis plutôt bien ! J’aime particulièrement le fait de ne plus avoir de contraintes horaires. C’est très agréable de pouvoir choisir son rythme et sa fréquence de travail. Je n’ai pas trop eu de soucis pour annoncer ce choix à mon entourage car j’avais des arguments. C’est vrai que c’est parfois un peu compliqué d’expliquer à d’autres professionnels du jeu vidéo pourquoi j’ai quitté un grand studio comme Arkane, mais au final j’assume très bien ce choix. Les grosses entreprises font rêver beaucoup de joueurs et de professionnels, mais au final y travailler, ce n’est pas mieux, ni moins bien, c’est juste différent !

Pourquoi as-tu choisi ce métier de game designer ? Est-ce une façon pour toi de lier une passion à une activité pro ?

Indéniablement, oui. C’était à la base une façon de faire ma passion mon métier. Très jeune déjà, j’aimais jouer et surtout créer des jeux – de toute sortes d’ailleurs, pas que « vidéo ». Ce fut pour moi une porte d’entrée pour découvrir le vaste monde de l’informatique. A l’heure actuelle, je considère de plus en plus mon métier comme un « gagne-pain ». La passion est encore là, mais je ne peux pas dire que je l’exprime tous les jours. C’est plutôt quelque chose que je cultive quotidiennement, que j’enrichie sans cesse en jouant, regardant, lisant, explorant, discutant…

Quel parcours as-tu suivi pour en arriver à ce métier là ?

Après mon Bac et une année de fac, j’ai fait une formation en Game Design à Supinfogame Valenciennes pendant 4 ans. Puis, j’ai commencé à travailler, j’ai fait 2 ans dans des petites structures et puis 3 ans à Arkane Studios. Mais au-delà de ma petite expérience professionnelle, je dirais que c’est surtout les compétences techniques qui « font » le CV. Les recruteurs cherchent à connaître surtout ce que tu sais concrètement faire. En ce sens, les autodidactes peuvent très bien parvenir à trouver un emploi dans ce secteur. J’ai moi-même appris quasiment tout seul, à force d’essayer et de pratiquer.

Qu'est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?

Question difficile puisque dans mon cas je travaille sur des projets très différents, qui ne sollicitent pas les mêmes compétences. Mais je dirais que c’est l’aspect créatif qui est le plus intéressant : la recherche d’idées, les brainstorms, etc. Toutes les étapes de conceptualisation. C’est aussi un métier qui demande une bonne culture, à la fois du jeu vidéo mais aussi une culture générale, et c’est pour moi toujours un plaisir d’apprendre de nouvelles choses ! Ceci dit, à l’heure actuelle, c’est surtout le statut d’indépendant qui me plaît, à savoir pouvoir gérer mon temps comme je le souhaite !

A contrario, qu'est-ce qui est le plus difficile dans ton métier ?

Clairement, à l’heure actuelle, c’est faire comprendre aux clients que la conception est une étape qui prend du temps. Il faut aussi un certain temps pour trouver de nouvelles idées et les détailler pour qu’elles puissent être concrètement réalisables. C’est parfois aussi difficile de savoir quand s’arrêter et laisser reposer les neurones pour que les idées puissent circuler librement !

Peux-tu nous parler en quelques lignes d’un projet qui t’a particulièrement marqué ?

Je dirais que le projet qui m’a le plus marqué est forcément Dishonored 2 ; c’était mon projet le plus long3 ans – et dans la plus grosse équipe150 personnes. Je pourrais en dire beaucoup de choses car c’était intéressant à tous les points de vue, aussi bien professionnellement que personnellement, car j’ai rencontré des gens passionnants – c’était une véritable petite famille. Travailler sur un jeu comme ça, c’est un peu un marathon : on ne sait pas quand on va arriver au bout et si on va y arriver. Ça semble loin, mais quoiqu’il advienne, il faut continuer de courir, lentement mais sûrement, tout en faisant confiance à ceux qui ont tracé la route…

Au quotidien, quels sont tes outils indispensables ?

J’utilise beaucoup de logiciels différents, tout dépend de la mission qui m’est confiée. Mais pour résumer je dirais : Unity 3D / Unreal Engine, Photoshop, Word, Excel, Powerpoint. Et mon carnet et mon crayon, bien sûr.

A ton avis, quelles sont les qualités indispensables pour réussir dans ton domaine ?

Pour être game designer, il faut impérativement avoir de bonnes compétences en informatique, être polyvalent, autonome et curieux de tout. Il faut également avoir de la confiance en soi, connaître ce pour quoi on est doué et l’utiliser dans ses projets. Et surtout, le plus important de tout, mais pas forcément le plus simple : continuer d’avoir la motivation, coûte que coûte, année après année !

A ton avis, comment ton métier va-t-il évoluer dans les prochaines années ?

Je pense que de plus en plus d’indépendants vont être capable de réaliser des jeux vidéo seuls ou en très petites équipes, car les outils deviennent de plus en plus perfectionnés. Paradoxalement, le monde du jeu vidéo pourrait en souffrir. Cela va notamment amener encore plus de produits sur le marché, donc une concurrence encore plus rude qu’à l’heure actuelle. Il va falloir plus que jamais savoir se démarquer et chercher des concepts de jeux là où personne n’est allé.

A côté du boulot, quelles sont tes activités ?

Je fais pas mal de trucs, je dirais que ça change selon les saisons et les humeurs ! Il y a la musique, principalement, mais aussi un peu de sport (natation), de la méditation et du yoga. Et aussi, beaucoup de lectures en tout genre !

Pour finir, penses-tu que la pratique de la guitare “nourrit” ton activité pro ? :)

Bien sûr, au même titre que toutes les autres activités que je pratique ! S’il est forcément important pour un game designer de jouer à des jeux vidéo et de faire de l’ordinateur, c’est aussi à mon avis crucial de savoir s’en détacher et de prendre l’air. C’est bon pour l’esprit, et cela peut également être la source de nouvelles idées.

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