J’aide pour la partie immergée des projets !

Elsa Nédélec

Stratégie Marketing Et Innovation Numérique

Publié le 21/08/2017

Quel métier exerces-tu en freelance ?

Je suis consultante en stratégie marketing et innovation numérique. J’aide mes clients à transformer une idée en un produit/service qui soit bien positionné et qui colle à un vrai besoin, avec de plus en plus souvent, le déploiement d’un site web ou d’une appli à la clé. Plus concrètement, je mixe des compétences en marketing stratégique, design thinking et direction de projets numériques.

Quelle est ta spécialité ?

Je me spécialise progressivement sur des projets d’innovation à dimension sociale ou environnementale. De la même manière que le digital a révolutionné les modèles économiques, les challenges pour créer un futur souhaitable nous invitent aujourd’hui à penser l’innovation sous l’angle du positif et du responsable. Je trouve ça passionnant ! J’ai d’ailleurs validé en 2016 un master en développement durable pour disposer d’un bagage solide sur le sujet. Mon challenge personnel est de trouver des contextes de projets qui accueillent mon côté « pluriel » : innovation produit / digital / développement durable.

Pourquoi as-tu fait le choix de devenir freelance ?

Ce choix s’est presque imposé à moi après une expérience douloureuse en tant que salariée avec un management difficile et une organisation très pyramidale. En fait, être freelance répond à mes besoins fondamentaux : autonomie, travail en mode projet et découverte permanente de nouvelles problématiques. A chaque fois que je démarre une mission, j’ai l’impression d’être une cosmonaute qui atterrit sur une nouvelle planète. Un ami consultant m’a dit un jour qui me paraît très juste : « on est comme des abeilles qui butinent : on apprend quelque chose dans une entreprise et ensuite on essaime chez nos autres clients ». Ce qui me convient aussi, c’est qu’en tant que freelance, on évite le gros des jeux politiques internes, je peux me concentrer sur mon travail en vue de la satisfaction de mon client.

Que faisais-tu avant de sauter le pas et de devenir freelance ?

Je travaillais en marketing relationnel puis produit pour une grande entreprise de l’industrie agro-alimentaire. C’était un environnement de travail stimulant et très exigeant qui m’a énormément formé. Néanmoins, j’étais trop « out of the box » pour l’organisation. On m’a même dit un jour « Elsa, on ne veut pas quelqu’un qui a des idées, on veut quelqu’un qui produit ». Comme si les deux étaient opposés. Aujourd’hui, mes clients viennent chercher cette créativité.

Comment se sont passés tes débuts ?

Au début, j’ai un peu tâtonné. J’ai fait des petites missions grâce à mon réseau personnel, en CDD puis en tant qu’auto-entrepreneur. J’ai notamment travaillé pour un copain qui lançait un e-business dans l’outillage professionnel. J’ai recyclé mes savoirs en marketing et en web pour l’aider à monter son affaire. J’ai également secondé le mari d’une amie qui dirige une agence de marketing territorial car il avait besoin pour plusieurs mois de quelqu’un de senior sur du management et de la gestion de projet numérique. A travers ces missions, j’ai eu la chance de tester un mode « free ». J’ai progressivement trouvé mes marques et gagné en confiance. Quelques mois plus tard, j’ai trouvé ma première mission hors réseau personnel grâce à Malt et les choses se sont accélérées !

Concrètement, quelles sont les problématiques des clients qui te contactent ?

Lorsqu’une moyenne ou grande entreprise me contacte, c’est qu’elle doit délivrer un projet dans des délais assez courts et ne dispose pas de la compétence en interne. Il s’agit soit de lancer une nouvelle offre, soit de concevoir un site web, une appli… Mais la plupart du temps, au-delà de la mission identifiée par le client, il y a une réflexion stratégique plus profonde à faire émerger, qui va se décliner ensuite dans le plan d’action. Dans les projets digitaux c’est particulièrement le cas. J’aide mes clients à cerner tous les enjeux qui vont avec le projet (objectifs marketing, stratégie de contenus, référencement, expérience utilisateur, fidélisation,…). Je dis souvent que ce qu’on voit d’un site internet n’est que la partie « émergée » de l’iceberg. Je les aide à maîtriser la partie « immergée ».

Sinon les start-ups me contactent parce qu’elles aiment mon côté 2 en 1, c’est à dire le mix marketing/digital qui leur évite d’avoir à recruter deux personnes. Dans ce cas-là, j’apporte mon expertise métier pour cadrer et lancer les actions clés, mais je leur conseille de prendre en complémentarité un profil junior sur la partie opérationnelle afin d’optimiser leur enveloppe budgétaire.

En général, quel est le profil de tes clients ?

J’ai travaillé aussi bien pour des start-ups, que pour des moyennes ou grandes entreprises en France et à l’international, dans les services et biens de consommation. Je fais également de la sous-traitance pour des agences ; j’apprends énormément en changeant de point de vue régulièrement. Mais en général, c’est au niveau du projet que les choses convergent à travers le côté « entrepreneurial » et création de sens pour moi.

Sur quels types de missions préfères-tu travailler ?

Ce sont les phases de stratégie et de conception dans un projet qui me plaisent le plus. J’adore la partie compréhension du projet (interviews des acteurs du marché, découverte d’un métier, récolte des besoins utilisateurs..) et le design de l’offre (idéation/ conception/prototypage…). J’aime bien également arriver en pompier sur un projet pour apporter de la structure et de la confiance à des équipes qui sont parfois paniquées. En gros, j’aime la dimension problème > solution de mon métier.

Qu'est-ce qui est le plus difficile dans ton métier ?

Pour moi c’est le fait de convaincre le client qu’il est important d’avoir une stratégie en amont d’un projet (particulièrement vrai pour les projets digitaux). Le mode « test & learn » est bien sûr devenu incontournable mais cela ne doit pas effacer la réflexion stratégique en amont.

As-tu l'habitude de travailler avec d'autres freelances ?

Cela m’arrive mais encore trop peu à mon goût. Un de mes projets moyen terme est de créer un réseau de freelances sensibles au développement durable mais j’ai encore du mal à mener de front ce projet avec mes propres missions.

A ton avis, quelles sont les qualités indispensables pour réussir dans ton domaine ?

Ecouter son client et cerner ses besoins exprimés ou latents. Parallèlement, je trouve qu’il faut faire preuve d’une grande capacité d’observation pour décrypter les codes de l’entreprise cliente, savoir s’y adapter afin de s’intégrer rapidement pour travailler dans les meilleures conditions et être efficient. En tant qu’indépendant, il faut également être rigoureux sur les aspects gestion comptable / administration, tout en prenant le temps de « travailler » son réseau et son image. On est une micro-entreprise en somme et on doit gérer tous les départements :)

Quels arguments mets-tu en avant pour convaincre les clients de passer à un fonctionnement plus « responsable » ?

Pour le moment, je n’arrive pas encore bien à les convaincre, mais j’essaie de montrer autant que possible l’exemple dans mes choix et d’insuffler certaines idées. Je sens que les entreprises sont encore peu matures sur le sujet notamment dans les directions marketing/digitales. Je filtre donc plutôt en amont mes missions, c’est-à-dire que je ne travaille que pour des projets qui portent un enjeu sociétal / environnemental ou a minima qui sont alignées avec ma vision de la RSE.

Parallèlement, comme j’ai compris que toute seule j’aurai du mal à convaincre les entreprises, j’ai un deuxième projet qui vise justement à favoriser l’innovation produit/offre « responsable ». Ce que j’ai observé m’a appris qu’il ne faut pas seulement s’adresser aux responsables DD ou innovation des entreprises, mais bien aux responsables business. L’idée est de créer un collectif de freelances aux compétences variées pour couvrir les différents aspects d’une innovation durable.J’ai commencé à rencontrer quelques acteurs mais depuis quelques mois j’ai dû mettre en stand-by ce deuxième projet faute de temps.

Quels sont, selon toi, les ingrédients pour un client satisfait ?

L’ingrédient de base est de rassurer rapidement le client sur notre capacité à délivrer un travail de qualité à la hauteur du prix d’achat.

Ensuite les ingrédients varient selon les configurations : lorsque j’accompagne des entrepreneurs individuels, pratiquement la moitié de mon travail est d’ordre psychologique. Il y a un côté « accouchement » de leur projet grâce à l’écoute et au dialogue mais aussi tout un volet « soutien moral / réassurance » face à la solitude de l’entrepreneur.

Lorsque je travaille dans une organisation de taille importante, il s’agit de comprendre rapidement quels sont les critères les plus importants pour mon interlocuteur : la qualité ? les process ? la créativité ? les délais ? l’ambiance ? Il peut m’arriver même d’aider sur des problématiques très éloignées de ma mission de départ, comme le management de collaborateurs par exemple.

Qu'est ce qui est dur pour se vendre à un client selon toi ?

Au-delà du fait qu’une certaine pudeur nous met mal à l’aise dans le fait de nous vendre nous-même (particulièrement peut-être chez les femmes, et en France ?), qu’on n’a pas été formés à cela, je pense que la difficulté vient au début de ne pas savoir exactement quelle est notre valeur ajoutée propre. Avec le temps et grâce à l’aide de ma coach, Nathalie Renard, je suis de mieux en mieux capable de déterminer ce qui fait ma spécificité, de valoriser mes points de force et ainsi de bien me vendre à un client. Le fait d’être recommandée par Malt est également un super coup de pouce pour créer la confiance auprès du client.

Comment évalues-tu une mission ?

J’essaie de poser un maximum de questions sur le périmètre, le contexte, les équipes, les délais, l’état actuel d’un projet. Cependant, je sais qu’au moment où je pose le pied dans l’entreprise, la nature de la mission peut prendre une toute autre dimension (et cela ne me dérange pas).

Du coup, plus ça va, plus je fais confiance à mon instinct car je crois que ce qui est important c’est avant tout d’avoir un bon « fit » avec mon prospect. Ensuite, la vraie aventure commence !

Quelles sont les raisons qui te feraient dire "non" à un client ?

C’est rare mais il m’est arrivé de refuser des missions car l’impact des activités de l’entreprise était désastreux d’un point de vue environnemental. D’une manière plus générale, je suis attentive à la valeur créée par un projet non seulement d’un point de vue économique mais aussi d’un point de vue sociétal. Mais je n’ai pas de critère quant à la taille ou au secteur d’activité.

Sinon, je refuse les missions qui sont en deçà d’un prix jour/homme raisonnable car je dois veiller à la rentabilité de ma propre activité. Et il peut m’arriver de rediriger des prospects vers d’autres freelances lorsque la mission correspond à un autre type de profil (typiquement les missions de nature commerciale).

A ton avis, quelles sont les évolutions à venir dans ton métier ?

Je pense que demain on demandera des managers qu’ils aient un bon bagage RSE comme on est en train aujourd’hui de réaliser qu’ils doivent avoir un bon bagage numérique. Après « la transformation numérique», il va y avoir plein de cabinets qui en deux temps trois mouvements se diront experts en transformation « durable ».

Sinon, je suis persuadée que les évolutions vont se faire de plus en plus vite donc il faut adopter une posture très agile pour renouveler les savoir-faire et rester dans le coup !

Et à côté du boulot, quelles sont tes activités ?

Je suis co-animatrice du club RSE des anciens de mon école, Audencia Business School. On organise à 2 ou 3 des activités et des conférences autour de thématiques sociales & environnementales : bien-être au travail, finance et transition énergétique, cosmétiques bio… J’ai également commencé à faire des interventions en école, plutôt sur la thématique « choisir sa voie » d’ailleurs que sur le marketing digital ou la RSE.

A titre perso, je prends des cours de yoga et de tennis. J’aime bien aussi boire des coups avec des amis écolos utopistes d’un côté et d’autres plus « génération X » de l’autre pour équilibrer les énergies :)

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