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En 2013 déjà, une étude de l’université d’Oxford augure que plus de 45 % des emplois américains seront « menacés » par l’informatisation d’ici 2033, occasionnant un véritable déversement sectoriel et une profonde mutation des métiers que nous connaissons aujourd’hui.

Dix ans plus tard, les études selon lesquelles l’IA aurait une incidence directe sur les métiers continuent d’affluer. Dans ce contexte, quelles seraient les compétences à développer pour le futur ? Entre productivité et créativité, comment repenser notre champ de compétences ? Et à l’avenir, quelles qualités feront la différence dans le monde du travail ?

Si les progrès technologiques nous permettent d’avoir accès à une multitude de savoirs et de compétences demain, la capacité à maîtriser les outils d’IA et à pallier leurs limites deviendra fondamentale. Plus encore, salariés et freelances devront conjuguer résilience et initiative pour rester productifs et faire preuve de créativité. 

Voici un tour d’horizon des compétences à privilégier et développer pour intégrer cette nouvelle donne.

Intégrer la technologie pour accroître sa productivité 

On entend parler d’intelligence artificielle de longue date. En 1997, Deep Blue, l’ordinateur joueur d’échecs d’IBM était déjà entré dans l’histoire en battant le champion du monde russe Kasparov, ouvrant la voie à de nombreux sujets d’exploration sur les potentialités de l’IA. 

Alors pourquoi maintenant ? Entre 2016 et 2024, l’explosion des modèles de calcul a permis de rentrer dans une autre dimension. Conceptualiser, développer et maîtriser des requêtes complexes est devenu un quasi jeu d’enfant. Dans le monde de demain, l’essor des outils technologiques nous oblige à repenser nos compétences (dont certaines ne seront plus différenciantes) et à mettre l’accent sur de nouvelles qualités clefs.

Les freelances organisés autour de l’IA seront les plus performants

La technologie révolutionne notre organisation et notre rapport au travail. L’émergence des modèles hybrides post-pandémie (télétravail, réunions à distance) a été accélérée par l’intégration de nouvelles fonctionnalités clefs dans les logiciels de bureautique. 

Hubspot, Slack, Notions, Chat GPT, Fireflies, Canva, toutes ces applications intègrent ainsi des outils d’IA qui permettent d’assister dans les tâches quotidiennes et de nous organiser différemment.

De plus en plus d’employés et de freelances travaillent désormais à domicile et à distance. Selon une étude réalisée par le National bureau of Economic research sur 39 000 sondés et plus de 27 pays, le télétravail permettrait de gagner 1h12 par jour en moyenne

La capacité à s’organiser à distance autour des outils numériques et de l’IA s'avérerait donc particulièrement bénéfique. Elle nécessiterait toutefois une certaine forme de résilience (acclimatation aux nouveaux outils) et un degré élevé d’organisation (communication asynchrone).

Analyser, structurer et communiquer : mieux s’adresser aux technologies pour déléguer plus facilement

L’utilisation de l’IA sur des tâches à faible valeur ajoutée implique de maîtriser certaines compétences de management.
Une des clefs lorsqu’on souhaite déléguer une tâche à l’IA est d’en comprendre la nature et les implications directes. Quel que soit le métier ou secteur dans lequel vous évoluez, pour obtenir un résultat satisfaisant et construire une solution efficace avec l’IA il est important d’analyser, de structurer et de communiquer efficacement. Ces qualités historiques gagneront donc en importance à mesure que la technologie sera en capacité de nous assister sur les tâches les plus ardues.

Mais, comment faut-il s’y prendre pour parler à l’IA ? 

> Rédiger les bons prompts :
L’IA est demandeuse de contexte. Pour communiquer le plus efficacement possible, il est nécessaire d’être précis et direct. L’utilisation d’un langage simple et imagé est généralement valorisée. La capacité à interroger l’IA en la positionnant dans la perspective de votre sujet (persona et problématique) est fondamentale. 
Selon Adrien Fernandez-Baca, fondateur et CEO de Cubyn (startup de logistique et membre du French Tech Next 120), “les outils d’IA comme chat GPT donnent accès à toute la connaissance pour pouvoir évoluer très rapidement sur n’importe quelle problématique s’ils sont bien utilisés.

> Éduquer et éprouver son modèle :
La répétition des tests et la multiplication des requêtes permet de travailler une réponse adaptée à vos besoins. Le découpage de projets complexes en opérations simples (à identifier de manière stratégique au préalable) permet également d’obtenir des résultats satisfaisants lors d’expérimentation avec l’IA.

Intégrer les biais humains, une compétence essentielle pour comprendre les limites de la technologie et conserver un recul sur ses projets

De la même manière que lorsqu’on réalise des enquêtes utilisateurs, des questionnaires de satisfaction, des scripts de vente, ou encore des tests A/B il est essentiel de se sensibiliser et de se former aux erreurs induites par l'humain lorsqu’on utilise l’IA. 

Le Codex des Biais Cognitifs de John Manoogian rassemble pas moins de 180 biais dont certains sont régulièrement reproduits par les modèles de langage.

Notre capacité à renforcer ou minimiser certains souvenirs, à écarter certaines informations, à insister sur les détails qui renforcent nos croyances, ou à ne pas prendre en compte le contexte extérieur peuvent polluer l’analyse et la façon dont l’IA traite une information. Claire Lebarz, VP data chez Malt, met ainsi en avant l’importance de mesurer l’impact de sa stratégie lorsqu’on construit avec l’IA. Dans l’ensemble de ces cas de figures, les biais existent de facto (car ils sont présents dans la société). 

Valoriser l’agilité et la créativité, des compétences différenciantes demain, dès aujourd’hui

Avoir recours à la formation et au peer-learning pour monter en compétence rapidement :

S’il est devenu possible d’accéder à un univers de connaissance large, il reste encore à intégrer de nombreuses nouvelles compétences, car la technologie évolue à une vitesse rare. Selon le 2022 Tech Work Report, les compétences des employés seraient dépassées en dix-huit mois. L’agilité, et la capacité à s’adapter rapidement sont donc de mise. 

Pour Julie Ranty, co-fondatrice et CEO de la plateforme de formation Pollen et ex directrice générale de VivaTech, “le Peer Learning est la méthode la plus efficace pour transmettre des compétences rapidement, de manière actionnable tout en valorisant une expérience attractive et engageante.” Près de 68% des actifs préfèreraient ainsi apprendre de leur pairs selon un rapport LinkedIn Workplace, car ces derniers seraient les plus à même de partager leur expérience sur des problématiques encore peu identifiées.

Plus encore, la mise en place de sessions interactives réalisées en petits groupes permettrait d’intégrer plus facilement des compétences clefs sur des thématiques essentielles liées aux secteurs et métiers souhaités : produit et design, data et IA, ventes, marketing, croissance à impact, tech ou encore management sont autant de thématiques métiers qui nécessitent une formation continue pour faire face aux mutations du marché du travail.

La créativité comme principal facteur d’innovation :

Certaines qualités humaines et facteurs émotionnels restent difficiles à reproduire par des modèles d’intelligence artificielle. Dans la mesure où ces compétences ne sont pas maîtrisées par les outils d’IA, elles sont fondamentales et pourront faire la différence dans les métiers du futur. 

Il apparaît donc logique de questionner la pertinence de l’IA sur des tâches créatives à forte valeur ajoutée. Dans ce contexte, les compétences valorisées seront notamment les plus difficiles à reproduire par des modèles algorithmiques : 

  • Les compétences stratégiques.

  • Le développement, la conception et le management de projet. 

  • La gestion de talents. 

  • La capacité à innover et itérer. 

  • Les compétences émotionnelles. 

Faire preuve de rigueur et de personnalité

Dans l’univers du marketing par exemple, la standardisation des contenus générés par l’IA n’est pas pleinement satisfaisante. Ces derniers sont encore régulièrement sanctionnés par les moteurs de recherche qui valorisent les créations « uniques ». Aussi, les projets les plus créatifs seront certainement les plus récompensés, moyennant un investissement de départ plus important.

Il apparaît toutefois intéressant de considérer l’IA comme un assistant virtuel sur des tâches de production et de création à faible valeur ajoutée, (proposer de nouvelles idées, évaluer l’efficacité d’un plan d’action, corriger ou développer un contenu avant édition, éprouver un calcul, effectuer un listing de la concurrence). 

Les tâches liées à la conception et à la structuration des projets semblent toutefois aux mains des freelances qui devront faire preuve de rigueur et de capacité à conceptualiser.

L’importance du storytelling : une compétence fondamentale pour se démarquer

Les freelances capables de construire des narratifs personnels seront les plus appréciés. 

Les outils d'intelligence artificielle au service des recruteurs (algorithmes de sourcing de talents) et l’ouverture à un marché international permettent d’accéder à un pool de talents plus adapté aux besoins des entreprises. Le paysage concurrentiel se densifie donc. La capacité à se mettre en avant de façon originale peut être une compétence fondamentale pour se démarquer des autres et exceller dans les entretiens clients. 

L’intelligence artificielle en particulier ne maîtrise pas toutes les qualités du storytelling, une compétence pourtant universellement accessible pour chacun d’entre nous, selon Jamie Wong, entrepreneur, productrice de télévision et investisseur reconnue. Selon elle, les ingrédients d’une bonne histoire peuvent être identifiés : 

  • La simplicité

  • L’effet de surprise

  • La crédibilité et l’émotion

Elles sont autant de qualités humaines à maîtriser pour convaincre et continuer à se distinguer, dans un marché bouleversé par les avancées de la technologie.